Gregg Wright

 
 

Tout d’abord, comment est venue cette passion de la musique au point de devenir musicien professionnel avec ce choix de la guitare ? Quelles ont été vos influences ?

Mes tout premiers souvenirs remontent à l’époque où j’étais bébé : posé dans un couffin à côté d’elle, je regardais et j’écoutais ma mère jouer du piano à l’église. Ma passion pour la musique remonte donc au tout début de ma vie. En termes d’influence, j’ai absorbé un peu de tout et de toutes origines. Je suis une éponge. Mon père avait la plus grande collection de disques de Jazz et de Blues, ainsi qu’une formidable chaine hi-fi, donc mes frères et moi avons été élevés dans la musique. Quand j’ai attaqué la guitare à l’adolescence, mon idole était Jimi Hendrix.

Quel regard portiez-vous sur Michael Jackson et ses frères avant de collaborer avec eux ?

J’ai toujours adoré les Jackson 5, les Jacksons et Michael dans chacune de leurs formations ou solo, en commençant par la chanson « I Want You Back » et tout ce qui a suivi. Apprendre que j’allais travailler avec eux a été hallucinant !!

Comment avez-vous été engagé comme guitariste du « Victory Tour » ?

Je suis devenu ami avec Randy Jackson à Los Angeles environ un an avant le Victory Tour. Lui et Marlon m’ont invité à jouer un solo sur la chanson « Body » extraite de l’album Victory. Finalement, il m’a demandé si ça m’intéresserait de passer une audition pour la tournée qu’ils étaient en train de planifier. Ils ont tenu trois auditions : à la première, il y avait une centaine de guitaristes, à la deuxième, une vingtaine et à la dernière, il n’en restait plus que 3. Les Jacksons sont des petits malins. Ils n’ont donné de réponse à personne à aucune des trois auditions, et personne ne savait qui avait obtenu le job. On vous passait tout simplement un coup de fil pour vous dire que vous accédiez à l’étape suivante, si vous aviez survécu. Après la dernière audition, j’ai appris au bout de trois jours que j’avais été retenu pour la place de guitariste principal quand leur management m’a appelé pour me transmettre le calendrier des répétitions et des rémunérations. Ma petite-amie de l’époque était comme une dingue. Moi, j’étais simplement soulagé. Donc, le Victory Tour a commencé pour moi avec cette grosse victoire !

Pouvez-vous nous faire partager vos impressions lors des répétitions et votre ressenti par rapport au groupe de musiciens, sans oublier évidemment les frères Jackson ?


A l’école, j’avais pratiqué 3 sports de manière intensive, donc j’étais très discipliné, et c’est quelque chose qui s’est étendu à ma maîtrise musicale. Quand j’ai vu de quelle façon méthodique les Jacksons organisaient leurs répétitions, je me suis dit : « C’est pour moi ! Je suis à fond ! » Tout d’abord, nous nous sommes répartis par groupes et nous avons passé un mois à travailler uniquement les parties de guitares chez Tito. Puis, nous sommes allés dans une salle de répétitions et nous avons répété en tant que groupe au complet. Je me disais que c’était le meilleur groupe de musiciens avec lequel j’avais travaillé jusque là. Le dernier mois, nous avons répété le show en entier 3 fois par jour aux Studios Zeotrope de Francis Ford Coppola. Nous avons donc eu 3 mois de répétitions, 15 heures par jour, 7 jours sur 7, et j’ai adoré ça !!! Les frères Jacksons mettaient la barre aussi haut que possible. Ils s’efforçaient d’atteindre l’excellence absolue et répétaient aussi dur que nous autres ! Je leur porte encore aujourd’hui tout le respect et l’admiration qu’ils méritent pour leurs talents, leur éthique de travail et leur professionnalisme !

Vous intégrez le groupe d’une tournée où vous allez jouer les nouvelles chansons de l’album le plus vendu de tous les temps.

Oui, chacune des chansons que nous jouions était un tube, des Jackson 5 à « Thriller ». Le public ne s’asseyait jamais - les gens dansaient tout au long du concert !

 
 

J’ai beaucoup apprécié votre solo durant « Workin’ Day And Night ». Etait-ce une volonté de Michael Jackson d’arranger sa chanson dans un thème plus rock (avec l’ajout de votre solo) par rapport à la version studio et à sa version précédente en live de 1981?

Merci. J’ai été le tout premier guitariste de Rock à accompagner Michael et ses frères sur scène, et ils voulaient vraiment en tirer parti. Un après-midi, ils m’ont fait venir dans les bureaux de la production. J’étais surpris et un peu nerveux quand je suis entré et que j’ai vu les six frères Jackson, tous avec la même expression stoïque, totalement insondables. Au début, j’ai cru que j’avais fait quelque chose de mal, mais Marlon s’est avancé vers moi et m’a dit : « C’est la première fois que nous avons un guitariste de Rock dans le groupe et nous aimerions que tu joues un rôle dans le show. » Je n’en croyais pas mes oreilles. Ils voulaient attirer l’attention d’un stade de 80 000 fans enragés sur moi et me laisser faire mon truc ! Les frères voulaient que je me lâche sur le morceau « Workin’ Day and Night » et c’est bien celui-là que nous avons fait durer un peu.

Avec vos solos et la présence de deux guitaristes à partir de 1984, voici un nouveau schéma qui sera repris lors des trois tournées solos de Michael. Avez-vous le sentiment d’avoir contribué à une évolution dans la carrière scénique de Michael Jackson ?


Absolument ! Comme je l’ai dit précédemment, j’ai été le tout premier guitariste de Rock à intégrer leur groupe. L’immense et regretté David Williams et moi-même avons réalisé des choses plutôt uniques ensemble. J’ai appris tant de choses à son contact : c’était une véritable machine rythmique. Il ne me semble pas que quiconque avait associé un guitariste de Funk et un guitariste de Rock avant ça. Du point de vue du style, ce sont deux mondes totalement différents, mais nous avons fait en sorte que ça fonctionne !

L’autre grand moment du concert est la prestation de « Beat It ». Aviez-vous une certaine pression d’être le premier guitariste de l’histoire à reprendre le solo de Van Halen sur une scène aux côtés de Michael Jackson ?


Je n’ai jamais ressenti aucune pression d’aucune sorte. J’avais appris à me concentrer sur ma guitare en tant que meneur de mes propres groupes durant mes années de formation quand nous jouions dans les bars. J’avais toujours joué très fort, en faisant hurler ma guitare, donc ce n’était pas nouveau pour moi et j’étais plutôt à l’aise !

Vous faites même le solo deux fois, chose qui n’arrivera plus jamais dans les tournées solos de Michael Jackson. Pensez-vous que le Victory Tour a encore cette forme de liberté en live par rapport aux versions en studio (dans un show déjà millimétré mais pas autant que les tournées suivantes) ?

Je me souviens que, dans une interview donnée avant d’avoir mis le groupe en place, Randy Jackson avait déclaré qu’ils cherchaient des musiciens capables de faire le show et d’apporter quelque chose en plus au spectacle. Nous devions savoir jouer les morceaux au millimètre mais aussi improviser sur le champ, donc le groupe de musiciens du Victory Tour était vraiment à part. De nos jours, tant de gros concerts sont tellement chorégraphiés qu’il n’y a plus de place pour l’improvisation. Mais j’ai bon espoir que les choses s’améliorent. D’une manière générale et dans les clubs en particulier, beaucoup de gens réagissent positivement aux groupes et aux artistes qui savent improviser, prendre des risques et au final, rendre la musique plus intéressante.

Avez-vous quelques souvenirs et impressions au sujet de la venue d’Eddie Van Halen pour la date à Dallas ? Aussi bien sur scène qu’en coulisses et ce partage des rôles ?

J’ai eu le plaisir de rencontrer Edward et son épouse à l’époque, Valerie Bertinelli. C’était vraiment super de jouer sur scène avec lui. Nous avons donné au public de véritables « feux d’artifices » à la guitare. Je crois bien que même les frères sont devenus spectateurs à ce moment-là !

Y a-t-il d’autres moments du concert que vous appréciez particulièrement ?

Sans l’ombre d’un doute, mon moment et souvenir favori du « Victory Tour » a été de jouer la chanson « Human Nature ». On ne croirait pas, comme je suis un rocker, mais cette chanson, c’est de la pure magie. La jouer, c’était comme être dans l’oeil du cyclone où tout est calme et paisible. Quand Michael est mort, j’avais beaucoup de mal à l’entendre quand elle passait à la radio. Je le voyais debout devant moi en train de chanter cette chanson.

Que représente votre participation au « Victory Tour » dans votre carrière ? Avez-vous continué de suivre ce que faisaient Michael et ses frères après cette tournée ?

Le « Victory Tour » est très bien placé dans la liste des plus grans moments de ma carrière. Il tient une place très spéciale dans mon coeur. Depuis, j’ai régulièrement croisé les frères et nous sommes toujours contents de nous voir. J’ai fait 2-3 trucs pour eux, à l’occasion. A l’époque, ils m’avaient dit : « Tu es l’un des nôtres, maintenant ! » Quand je rencontre quelqu’un qui était sur le « Victory Tour », c’est comme revoir des anciens camarades d’armée. Nous sommes comme une fratrie.

Avez-vous d’autres projets que vous aimeriez faire partager à nos lecteurs ?


J’ai participé à l’enregistrement d’un album et à une tournée avec Mick Fleetwood’s Zoo. En 2009, j’ai fait partie d’une tournée de 6 semaines, « Chicago Blues, Europe », durant laquelle nous avons joué dans 36 villes européennes. La plupart de ces villes se trouvait en France. J’ai aussi joué sur la bande-originale d’un film IMAX qui s’appelle « Ocean, Oasis » avec l’Orchestre Philharmonique de Prague. Nous avons enregistré à Grasse, près de Cannes. En 2013, j’ai été intronisé au Music Hall of Fame de Louisiane. C’est un grand honneur de figurer aux côtés des plus grands artistes de la musique américaine tels que Louis Armstrong, Little Richard, Elvis Presley, Dr. John, Buddy Guy et tant d’autres.

Quelle est votre actualité musicale aujourd’hui ?

En ce moment, je travaille sur un nouvel album solo de Blues qui, je l’espère, m’emmènera en Europe, et en France en particulier, en 2019. J’adore jouer là-bas ! J’ai un groupe de Blues/Rock de stature mondiale que j’aimerais faire découvrir. Je suis très enthousiaste pour ce projet et je crois très sincèrement que c’est ce que j’ai fait de mieux jusqu’ici.


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