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James McField

La Nouvelle-Orléans se trouve dans l’état de la Louisiane sur les bords du Mississippi. Il s’agit d’une ville touristique fort agréable dont les amateurs de musique savent qu’elle est le berceau du jazz. Cette ancienne colonie française est une place forte de la culture afro-américaine à l’image de Louis Armstrong et Sidney Bechet, tous deux nés dans cette ville. Les admirateurs de Michael Jackson, en visitant ce lieu, ne feraient pas forcément le lien avec leur idole. Pourtant, vous pourriez croiser le chemin du musicien James McField. Cet enfant du pays était le pianiste de The Jacksons durant le Destiny Tour et j’avais le souhait d’évoquer avec lui ses souvenirs, plus de quarante après. C’est désormais chose faite pour notre plus grand plaisir ! Merci, Monsieur !

Tout d’abord, comment est venue cette passion de la musique au point de devenir musicien professionnel avec ce choix du piano et du synthétiseur ?

C’est une histoire plutôt amusante : j’avais 9 ou 10 ans quand ma mère a acheté un piano, alors que je n’avais jamais joué de musique jusque-là et que ce n’était pas ce que je voulais. J’ai même dit : « Non, moi, je veux un nouveau vélo ! » Quand elle a acheté ce piano, un ami qui savait jouer des choses faciles est venu à la maison. A l’instant où il a commencé à jouer et à me montrer comment faire, j’ai appris immédiatement et j’ai commencé à croire que le piano serait quelque chose d’aisé pour moi. Ensuite, j’ai pris ma première leçon et j’ai vu qu’il y aurait d’autres élèves alors quand j’ai pris place au piano et que le professeur a commencé sa leçon, je me suis mis à faire tout ce que je l’avais vu apprendre aux autres élèves, instantanément. Je savais que le piano serait une bonne chose pour moi car j’ai réalisé que je pourrai apprendre et maîtriser cet instrument très facilement, et c’est ce qui s’est passé.

A partir de là, je suis entré dans une phase, à l’âge de 12 ans environ, où je me suis mis à pratiquer le piano 12 heures par jour. C’était l’été et donc les vacances scolaires, alors je prenais le minimum de temps pour manger quelque chose et je retournais directement à mon piano ! Mais à la rentrée des classes, j’ai un peu souffert car je ne pouvais plus pratiquer aussi longtemps, et c’était frustrant car tout ce que je voulais, c’était jouer du piano toute la journée ! C’est véritablement là que ma passion a commencé. A cette période, j’ai continuellement suivi des leçons de piano : j’ai eu au moins 9 professeurs différents sur une période de 11 ou 12 ans. Je me suis concentré sur la musique classique : c’est ce que je joue le plus. Beethoven, Bach, Chopin… Je joue de la musique populaire également, bien sûr, mais la musique classique m’a aidé à atteindre un niveau qui allait me permettre de jouer tous les styles de musique que je voulais.

Je suis allé à l’Université de La Nouvelle-Orléans où ma dominante était Exécution Pianistique, mais avant ça, quand j’étais en 5ème ou 4ème, vers l’âge de 12 ou 13 ans, l’un de mes professeurs de musique a pensé que j’avais besoin de cours approfondis car ils avaient remarqué mes aptitudes et appréciaient mon talent. Il m’a donc permis d’aller suivre des cours dans l’une des universités locales. J’allais au collège tous les jours mais pas toute la journée de façon à pouvoir aller à l’Université de Loyola où j’étudiais le piano au Département de Musique : tout cela avant même d’être officiellement étudiant. En réalité, j’ai fait ça dans trois universités différentes en parallèle du collège et du lycée : je suis allé à l’Université de Loyola, puis à l’Université de Tulane et enfin à l’Université de Dillard. Je quittais l’école à la mi-journée et passais le reste de mon temps à étudier la musique à l’université. Après le lycée, j’ai intégré l’Université de La Nouvelle-Orléans.

En ce qui concerne les synthétiseurs, mon intérêt est venu en cours de route car lorsque j’avais 12 ans, il n’y en avait pas mais j’ai commencé à jouer avec des groupes locaux dans des boîtes de nuit. C’est quelque chose qui ne serait plus possible de nos jours car c’est illégal pour un jeune de 12 ans de jouer de la musique dans une boîte, mais les choses étaient différentes à l’époque à La Nouvelle-Orléans et beaucoup de jeunes de mon âge ou en tous cas de moins de 18 ans avaient la possibilité de jouer avec des groupes dans des clubs. On jouait du Rhythm and Blues, du Rock’n’Roll etc… donc quand les synthétiseurs sont apparus, je me suis naturellement mis à en jouer également.

Quel regard portiez-vous sur les frères Jackson avant de collaborer avec eux ?

J’ai connu Michael Jackson quand j’avais 21 ans, mais quand ils ont commencé à avoir du succès, je devais avoir 11 ou 12 ans et j’étais un grand fan des Jackson 5 ! Avant de les rencontrer, je suis allé les voir en concert au moins trois fois à la Nouvelle-Orléans : j’achetais mes billets moi-même et en général un de mes amis m’accompagnait. Je les adorais ! Je les trouvais super !

Je les ai rencontrés par l’intermédiaire d’une dame que je connaissais et qui avait un groupe de quatre chanteuses. Elle s’appelait Sandra Stark et travaillait pour l’émission de télévision des Jacksons à l’époque. Il me semble que ça s’appelait tout simplement « The Jacksons » et il y avait 8 épisodes. Elle travaillait donc dans leurs bureaux au studio de télévision et elle a appris qu’ils recherchaient un pianiste. Elle me connaissait bien car j’avais aidé son groupe de chanteuses à perfectionner leur musique : je jouais du piano pour elles et je leur apprenais les postures de façon à améliorer leur chant. Elles en étaient restées quelque peu fascinées car je leur avais appris beaucoup plus que certaines des personnes avec lesquelles elles avaient travaillé. Elle s’est donc mise à parler de moi aux Jacksons en leur disant qu’il fallait absolument qu’ils m’engagent. J’avais déménagé à Los Angeles quand j’avais 18 ou 19 ans, et c’est là que j’avais rencontré cette dame et son groupe de chanteuses, mais au moment dont je vous parle, j’étais reparti à La Nouvelle -Orléans depuis un ou deux ans. Elle m’a donc appelé et m’a annoncé qu’elle avait une opportunité pour moi de jouer pour les Jacksons. Evidemment, il fallait quand même qu’ils me rencontrent et que je passe une audition car je n’avais jamais vraiment joué pour des personnes connues avant, ou en tout cas pas aussi connues qu’eux !

Comment avez-vous été engagé comme claviériste du Destiny Tour ?

Mon amie pensait que les Jacksons apprécieraient ce que je faisais et qu’ils m’engageraient sûrement mais je devais quand même passer cette audition. Je me suis donc rendu à Los Angeles et évidemment, il y avait d’autres candidats : c’est là que j’ai compris qu’il allait falloir que je les « batte » si je voulais que les Jacksons m’engagent comme pianiste !
A cette époque, j’étais seulement pianiste et claviériste. Je jouais du clavinet également. C’est plus tard que j’ai commencé à écrire des arrangements pour les concerts et que je suis devenu directeur musical. Pendant un an, je n’ai fait que jouer car ils avaient déjà un directeur musical, mais quand il est parti, j’ai pris sa place.

Avez-vous quelques souvenirs des répétitions et de vos premiers moments avec le groupe ?

A cette époque, les répétitions avaient lieu dans leur résidence familiale. Michael, LaToya et Janet y habitaient toujours, ainsi que Randy. Les autres frères étaient mariés et partis, tout comme la sœur aînée Rebbie. En tant que grand fan des Jackson 5, j’avais vu par le passé des photos d’eux prises dans leur studio de répétition, et quand j’y suis rentré, je me suis retrouvé au même endroit avec Michael et ses frères ! C’était un moment très excitant ! C’était aussi très intéressant de voir comment ils travaillaient, pour moi qui n’avais pas l’habitude ni des répétitions, ni d’être payé pour ça et encore moins de pointer. C’est comme ça que ça se passait mais c’était inédit pour moi car les choses sont différentes à La Nouvelle-Orléans. Au début, nous faisions seulement des répétitions de trois ou quatre heures mais rapidement, elles se sont prolongées jusqu’à 12 heures par jour ce qui faisait quand même un sacré bout de temps ! Pendant les 6 dernières semaines avant le début de la tournée, nous jouions encore et encore pendant 12 heures par jour car il fallait que tout soit absolument parfait ! Mais je m’amusais aussi énormément car j’étais habitué à faire ça tout seul donc ça me convenait parfaitement ! Cela me prouvait que j’avais suivi le bon chemin puisque des personnes connues faisaient la même chose ! Quand j’avais 12 ans, je m’étais inspiré d’un chef d’orchestre local qui expliquait comment il passait 12 heures par jour à pratiquer sa musique. Je m’étais dit : « Je vais faire pareil ! » et voilà !

Le fait que les Jacksons fassent de même m’a montré que c’était vraiment un groupe professionnel car ils investissaient du temps, ils s’assuraient que tout était bien en place et ils voulaient proposer le meilleur spectacle possible, et ils atteignaient leurs objectifs !

Est-ce que certaines individualités chez les Jacksons vous ont marqué dès le départ ?

Quand j’ai rejoint le groupe, je ne savais pas grand-chose de leurs personnalités respectives car ils n’évoquaient pas tant que ça les questions personnelles quand ils passaient à la télévision. Avant de les rencontrer, j’avais lu dans les magazines que Michael était timide et que Marlon faisait tout le temps des blagues, ce genre de choses, mais rien de plus réellement au sujet des autres frères. Ce qui fait qu’en les rencontrant, je me suis aperçu que tout ça était vrai !

Je n’avais jamais vraiment entendu Michael s’exprimer longuement (même s’il répondait parfois à quelques questions rapides et faciles à la télé) et j’ai été surpris de la façon dont il parlait quand il a commencé à le faire davantage dans les médias. C’était presque comme s’il essayait de se cacher derrière ses mots, comme s’il ne voulait pas que les gens voient à travers lui, alors il gardait ses mots dans sa bouche, un peu comme ça, et ça venait évidemment de sa timidité.

J’ai également tout de suite remarqué qu’ils aimaient TOUS faire des blagues. Ils regardaient la blague se mettre en place et tout à coup, ils éclataient de rire et gloussaient ! Ils faisaient ça tout le temps ! Certaines blagues finissaient avec de l’eau partout et ils adoraient ce genre de trucs. Une fois, Jackie avait écrit des bêtises sur moi et il m’avait accroché le papier avec du scotch dans le dos car il savait que j’allais au bureau ! Ils se sont tous mis à rigoler car ils savaient que c’était l’un d’entre eux qui avait fait le coup !

J’avais aussi lu quelque part que Tito aimait bricoler les voitures et c’était vrai. Quand on partait en tournée, il me demandait parfois de l’accompagner dans les casses automobiles de certaines villes où les vieilles voitures avaient été fabriquées en grande quantité, car il recherchait des pièces de Ford Model T et de Ford Model A, de très anciennes voitures, les toutes premières à avoir vu le jour. La Model A était un chef d’œuvre de voiture et il en possédait une. Donc, quand il trouvait des pièces, il les ramenait chez lui et il essayait de bricoler avec ses propres mains qui étaient des mains de travailleur manuel ! Moi, j’ai des mains douces et délicates, tout comme Michael et peut-être le reste de la fratrie. Mais Tito et Marlon ont des mains larges et rugueuses qui me rappelaient les hommes du quartier où j’ai grandi, y compris mon père, qui travaillaient très dur avec leurs mains. Les mains de Tito étaient comme ça et ça m’avait un peu surpris parce que c’était vraiment des mains de travailleur manuel. Marlon est plutôt fin et ses mains ne sont pas aussi rugueuses que celles de Tito mais elles le sont un peu tout de même.

Pouviez-vous donner votre point de vue sur les arrangements, sur le choix des chansons ou deviez-vous uniquement suivre la direction musicale souhaitée par les frères ?

Non, nous n’avions pas notre mot à dire sur le choix des chansons. D’ailleurs, ils ne nous laissaient pas croire que nous pouvions intervenir car dès le départ, c’était exactement ce qu’ils avaient en tête qui prédominait.

En ce qui concerne les arrangements, une fois que j’occupais la place de directeur musical, ils m’ont laissé gérer. Je leur posais énormément de questions et je vérifiais que nous étions bien sur la même longueur d’onde, même quand je ne jouais encore que du piano. Au bout de la première année, j’ai vraiment senti que j’étais en phase avec eux et à partir de là, ils m’ont laissé gérer. J’écrivais chaque partition pour chaque instrument, ainsi que les parties rythmiques même si c’était plutôt de la retranscription de ce qu’on entendait sur les disques. Certains musiciens étaient très à l’aise pour lire la musique et mémoriser leur partition, mais quelques membres des sections rythmiques jouaient principalement à l’oreille. Mon boulot, c’était de connaitre chacune des notes que chacun des musiciens devait jouer car je devais m’assurer que ceux qui ne lisaient pas la musique jouaient la ou les bonne(s) note(s). Je m’asseyais au piano et je disais : « Non, pas un SI, un Si bémol. » – ou quelque note que ce fut – et je corrigeais les erreurs.

Au début, il n’y avait pas de cuivres : le groupe était uniquement constitué des Jacksons, de moi au piano et claviers, d’un guitariste supplémentaire pour seconder Tito et d’un bassiste. Mais pour la seconde tournée, nous avions des cuivres et j’ai donc commencé à écrire des arrangements pour tous les musiciens. Quand j’ai quitté le groupe, ils ont continué à utiliser mes arrangements, d’ailleurs.

Durant cette tournée, avez-vous une chanson préférée, un moment particulier dans vos souvenirs durant le show ?

C’est une question intéressante car je ne l’ai pas tellement dit devant Michael mais j’aimais vraiment bien les vieilles chansons des Jackson 5. J’étais tellement fan quand j’étais plus jeune : c’était excitant pour moi de jouer avec eux ces mêmes chansons que j’aimais tant à l’époque ! Mais comme j’avais entendu Michael le dire un certain nombre de fois, je savais qu’il essayait de prouver que les nouvelles chansons étaient meilleures que les anciennes. Il voulait en faire la démonstration aux gens de l’industrie de la musique, ainsi qu’aux responsables de la maison de disques. Ils étaient déjà chez Epic quand j’ai intégré le groupe. Je n’ai jamais dit à Michael que je préférais les anciennes chansons parce que j’avais conscience que c’était très important pour lui de montrer qu’ils avaient passé l’âge, vous comprenez !

J’aimais beaucoup les regarder quand ils étaient sur scène parce que les chansons étaient toutes super à jouer mais pour un pianiste classique comme moi, elles n’étaient vraiment pas compliquées, voire très faciles au contraire. Je ne m’accomplissais donc pas véritablement dans cette tâche, mais le fait d’être sur scène et de faire partie du groupe, ça, c’était vraiment épanouissant et excitant pour moi !

En ce qui concerne mes moments préférés pendant les concerts, cela avait à voir avec ma position sur scène. Il y avait des claviers de chaque côté et parfois, je me trouvais sur le côté gauche de la scène et parfois sur le côté droit. Dans les deux cas, il y avait au moins quatre claviers de chaque côté. Ils formaient un angle droit avec deux claviers qui se faisaient face et deux autres à 90° des premiers. Voilà où je veux en venir : quand je jouais, je devais passer d’un clavier à l’autre en faisant une rotation de 90°, si bien que par moments, je ne voyais pas ce que les Jacksons faisaient car je leur tournais le dos. Puis, je me positionnais devant les autres claviers et là, je pouvais voir ce qu’ils faisaient ! En résumé, je ne pouvais les voir qu’à certains moments du concert et quand je regardais ensuite des vidéos, c’était une satisfaction de voir les moments que je manquais toujours ! Mais quoi qu’il en soit, mon moment préféré était le Hits Medley !

La première partie de la tournée se déroule en Europe et en Afrique. De ces voyages, avez-vous pu ressentir l’engouement du public dans le monde pour les Jacksons alors que ce n’était finalement que le début ?

J’ai passé quatre années avec eux, de 1975 à 1979. Le premier concert où j’ai joué s’est déroulé à Caracas au Venezuela. Nous sommes allés en Europe et nous avons parcouru les Etats-Unis. Nous sommes aussi allés à Hawaï. Quand j’ai démarré, « Let Me Show You The Way To Go » était leur tube du moment. J’ai quitté le groupe au moment où l’album « Off The Wall » commençait à décliner dans les charts. C’est cette période que j’ai passée avec eux.

Et c’était exactement comme ce que j’avais pu en voir à la télévision : des gens qui criaient, pleuraient, sautaient en l’air pour essayer de s’approcher d’eux, tout ça, quoi ! C’était comme ça à Caracas. Ce à quoi j’assistais était excitant mais personnellement, ça ne me perturbait pas plus que ça : je restais concentré sur mon travail et j’étais principalement impliqué dans mes responsabilités pour assurer la musique. Bien évidemment, je faisais attention aux fans mais ce n’est pas la même chose de simplement voir les foules immenses à la télévision. Quand vous y êtes, les gens sont très près de vous, vous entendez le bruit, il y en a qui sautent sur la limousine, qui tapent dessus, qui viennent se coller à la vitre et qui courent derrière la voiture !… Vous avez l’impression d’être pris dans une émeute, vous savez. Certaines personnes disent que c’est effrayant mais je n’ai jamais été jusque-là : c’était juste intéressant… Les gens étaient tout aussi excités que ce que j’en avais vu à la télévision, et à tous les concerts, que ce soit en Amérique ou en Europe.

Lorsque la tournée reprend après plusieurs mois de repos, Michael Jackson a sorti son premier album solo chez Epic « Off The Wall ». Ressentez-vous alors l’engouement du public pour Michael, avec ces affluences bien plus importantes ?

Oui, j’ai clairement été témoin du moment où les choses se sont davantage resserrées autour de Michael par rapport au reste de la fratrie. Les gens venaient tout le temps en backstage pour glaner des autographes. Ils insistaient auprès des membres du groupe musical pour que nous les présentions aux Jacksons. Je me souviens même d’une fois où quelques personnes sont venues pour visiter une des chambres d’hôtel. Je devais être avec Marlon et on m’a demandé de l’aide pour des autographes. J’ai dit : « Ah, oui, oui, Marlon est juste là ! » Mais l’un des petits gars présents m’a répondu : « Ce n’est pas ce que je veux : je veux l’autographe de Michael ! » Devant Marlon Jackson ! Donc, oui, les choses étaient en train de changer et ils le voyaient tous… Mais la vérité, c’est que tout a toujours davantage tourné autour de Michael, ou en tout cas dans des proportions bien plus importantes. Tout était « Michael », même quand les frères étaient encore là !…

La chanson « Don’t Stop ’Til You Get Enough » est ajoutée dans la set list. Lors des répétitions, est-ce que Michael avait bien plus de directives comme c’était un de ses nouveaux titres solos ?

C’est quelque chose qui ne m’avait jamais effleuré l’esprit parce que je ne l’ai jamais entendu dire que ses chansons étaient plus importantes que celles du groupe. Mais il en parlait comme des nouvelles chansons, et il disait bien que les nouvelles étaient plus importantes que les anciennes. C’est ainsi qu’il formulait les choses. Au 25ème Anniversaire de la Motown, il l’a dit également et je l’avais entendu le dire de nombreuses fois auparavant. A un moment, le groupe entier quitte la scène et seul Michael reste, et il dit : « J’aime vraiment beaucoup les anciennes chansons, mais maintenant, c’est le moment de jouer les nouvelles! » Et il se met à faire du Michael Jackson ! Donc, c’est peut-être ça qu’il avait en tête depuis le début…

La seconde partie du Destiny Tour, c’est également l’arrivée de Jonathan Moffett comme batteur. Pouvez-vous nous raconter les circonstances de son entrée dans le groupe ?

Jonathan Moffett vient également de La Nouvelle-Orléans, donc je l’ai connu avant de connaître les Jacksons. Sa famille résidait dans la même rue que la mienne, et à l’adolescence, nous habitions à trois ou quatre pâtés de maisons de distance. C’est moi qui ai présenté Jonathan Moffett aux Jacksons car ils cherchaient un batteur. D’autres batteurs passaient l’audition alors que j’étais le directeur musical. Jonathan s’était installé à Los Angeles et il m’a retrouvé par un coup de chance. Il était à ma recherche car tous mes amis à La Nouvelle-Orléans savaient que je jouais pour Michael Jackson. Alors, avec quelques-uns de mes amis, il s’est rendu en voiture dans la rue où j’habitais mais il ne connaissait pas l’adresse exacte. Moi, j’étais allé à l’épicerie du coin et je rentrais à pied à la maison quand je les ai entendus crier mon nom et c’est là que je les ai vus ! Quand nous sommes arrivés chez moi, je lui ai dit : « Mec, tu tombes au bon moment car nous avons besoin d’un batteur maintenant et je sais que tu peux faire mieux que tous ceux qui passent les auditions! » Donc, je l’y ai amené et il a été excellent ! Ils l’ont tout de suite adoré et il a intégré le groupe à partir de ce moment-là !

Pouviez-vous imaginer qu’il serait toujours le batteur de Michael Jackson 30 ans plus tard ?

Oui, tout à fait, cela constitue une partie de sa vie très importante. Il a toujours été très, très heureux d’être là et ils l’aimaient tellement que ce n’est pas surprenant qu’il soit resté auprès d’eux et de Michael aussi longtemps. Il aurait été au bout du monde pour être avec eux. Il a fait un travail remarquable en tant que membre du groupe musical, mais aussi en donnant quelque chose à voir sur scène. Il s’est rendu visible et il a réussi à s’auto-promouvoir en tant que batteur de Michael Jackson. Il s’assurait de conserver trace de son expérience, en prenant des photos et des vidéos, et en donnant du contenu aux gens. C’est probablement le meilleur musicien de scène et auto-promoteur que je connaisse !

Au final, quelle importance a le Destiny Tour dans votre carrière ?

Mes années avec Michael Jackson sont évidemment les plus incroyables de ma vie ! Chaque journée était palpitante et cela m’a donné une perspective à part sur la vie car tout le monde me traitait d’une façon un peu particulière. Je comprenais bien que c’était simplement dû au poste que j’occupais et je savais que ça ne faisait pas de moi une personne spéciale, mais c’était une expérience très intéressante de voir comment les gens se comportaient avec moi à cause de ça. D’ailleurs, c’est toujours le cas, et au moment où je vous parle, en regardant les photos de Michael et moi accrochées au mur ainsi que l’un des albums de platine (« Off The Wall » en l’occurrence), je m’aperçois que cela tient toujours une part importante dans ma vie ! Toutes les personnes qui me connaissent le savent et quand elles me présentent, elles aiment dire : « Voici mon ami James McField : il a été le directeur musical de Michael Jackson ! » Cela les valorise car en disant ça, leurs amis savent qu’ils connaissent quelqu’un qui connait Michael : c’est dire la puissance de l’influence que Michael avait. Le simple fait d’avoir une quelconque connexion avec lui apporte beaucoup aux gens. Donc, je suis heureux d’avoir pu le faire parce que ça rend les gens heureux et mon expérience continue de me rendre heureux et d’apporter quelque chose à ma vie ! Les gens qui viennent me voir pour des cours de piano adorent dire aux autres : « Mon professeur de piano était le pianiste de Michael Jackson ! »

Comme je l’ai dit, je suis pianiste classique : pour moi, jouer du piano et de la musique classique est ce qu’il y a de plus gratifiant. Je suis donc soliste et je joue sur scène pour les gens. D’une certaine manière, cela ressemble à ce que Liberace ou Victor Borge faisaient, c’est à dire jouer de la musique classique mais aussi assurer le spectacle en tant que pianiste. C’est ce que je fais. Ma vie a toujours été extrêmement épanouissante parce que c’est pour cela que je me suis formé. Quand j’étais tout seul, à m’entraîner 12 heures par jour, c’est cela que je m’enseignais à moi-même : me confronter au difficile programme de pratique du piano. C’est un type différent d’épanouissement : l’exécution et la démonstration en solo de ce que vous êtes capable de faire en tant que pianiste et en tant que personne qui a développé ses propres compétences.

Mon plus grand accomplissement en ce qui concerne la scène musicale mondiale a été de travailler avec Michael Jackson. Tout ce que j’ai vécu à cette époque était vraiment formidable : je ne peux pas me plaindre car j’ai été gâté ! De par mon expérience avec Michael mais aussi du fait que je joue toujours du piano et que je fais ce qui me plait. Beaucoup de gens m’ont demandé de jouer pour eux mais ça ne m’intéresse pas : je préfère continuer à jouer comme pianiste solo et j’ai beaucoup d’étudiants qui comblent ma vie. Je donne mes cours et je joue en ville parfois. Je n’ai pas besoin d’aller ailleurs : je reste là où ça me plait. C’est ce qui fait de ma vie une expérience merveilleuse dans tous les domaines.

BRICE NAJAR
FRANCE

Né à Annecy en 1979. Il est l'auteur de trois ouvrages liés à l'univers musical de Michael Jackson. Le premier aborde sa discographie en solo, à travers ses singles parus entre 1979 et 2008. Le second revisite les albums avec ses frères, au sein du groupe The Jacksons, de 1976 à 1989. Chacun de ces deux ouvrages, bien qu'indépendant, est donc le complément idéal de l'autre. Pour son livre suivant, Brice reste dans cette même thématique musicale mais dans un concept différent. "Let's Make HIStory" est un recueil d'entretiens avec des protagonistes du double album "HIStory" de 1995. Une façon de décrypter le travail en studio du Roi de la Pop.